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Société

Quatre étudiants de l’Université d’Orléans se confient

Date de première publication non retrouvée

Dans ma plus récente publication, j’ai parlé des défis que j’ai eus à surmonter pendant ma première année d’études en France. Des difficultés auxquelles beaucoup d’étudiants ont fait face avant moi. L’adaptation à un nouveau système, le choc des cultures, la gastronomie, le climat, le regard des gens, etc. L’adaptation n’est pas automatique, c’est tout un processus et il s’avère différent pour chacun.

Après la publication de ce billet, les témoignages que j’ai eus m’ont étonné, beaucoup de visages que j’ai croisés sur le campus étaient presque dans la même situation que moi. Loin de leur famille, de leurs amis, de leur pays, poursuivant le rêve d’un mieux-être. Certains jours, le poids de l’éloignement se faisait lourdement sentir. Mais il n’a jamais été question de baisser les bras. On ne monte pas dans un avion pour aller s’avouer vaincu.

Aujourd’hui, je reviens avec un autre billet. Des témoignages d’étudiants que j’ai rencontrés, qui m’ont parlé à cœur ouvert d’eux-mêmes, de leur relation avec leurs pays, de leurs familles, de leurs aspirations et de ce lendemain qu’ils sont en train de dessiner pour eux-mêmes et pour les leurs. Ils sont Haïtiens, Marocains, Français et Maliens, une telle diversité d’origine et de culture représente une richesse. L’instant de ce billet, ils m’ont confié leurs parcours ainsi que leurs aspirations. Je le redis, je suis curieux de l’autre, de son univers, de ce que sa présence et son aura apportent au monde. Je tais mes inquiétudes une minute pour laisser parler les autres. Je fais quelques pas en arrière pour admirer le tableau dans toute sa splendeur, je vous invite à faire de même.

L’Université d’Orléans, en bref

L’Université d’Orléans se situe dans le centre de la France, à deux heures de Paris. Le campus est assis sur 400 hectares et près de 20 000 étudiants, de toutes les cultures, de toutes origines se croisent tous les jours entre les murs de ses facultés. « C’est une richesse énorme et c’est ce que j’aime avec l’Université d’Orléans, je croise toutes les nations et surtout si on traine avec eux, on va découvrir leur culture et gouter à leur gastronomie. Je suis heureux de faire mes études ici », me confie Daniel, Master en anglais et en littérature dont l’objectif est de devenir enseignant.

De ses promotions, on retient les noms de Jean Calvin, Etienne de la Boétie, Théophraste Renaudot, Jean de la Bruyère et Molière, pour ne citer que ceux-là. Je fais lumière sur certains visages de la promotion de 2018, l’avenir nous réservera peut-être de belles surprises.

Rencontres

Marithsa Pierre, Haïti — Master 2, MAP ; Métiers de l’Accompagnement Politique

« L’éducation est l’arme la plus puissante que l’on peut utiliser pour changer le monde » dixit Nelson Mandela. Bien avant d’avoir entendu parler de ce célèbre personnage, je croyais fermement que pour devenir quelqu’un « de bien et de valable » dans la société (surtout dans mon pays) il fallait s’éduquer et surtout se former. Aujourd’hui ce n’est pas le plus partagé des points de vue. Cependant j’en suis toujours aussi persuadée.

Faire des études supérieures a toujours été pour moi dans l’ordre normal des choses, non seulement pour mon accomplissement personnel mais aussi animée par le désir de faire partie des personnes formées et compétentes pouvant penser autrement mon pays. C’est ce qui motive ma présence en France aujourd’hui. Vivre et étudier dans un pays étranger n’est pas facile, je crois que n’importe quel étudiant en terre étrangère peut en témoigner. Donc, pour moi toute la différence se fait dans sa capacité à s’adapter.

D’aucuns ont eu à me poser ces questions : Pourquoi la Ville D’Orléans ou pourquoi ce master ? Pour y répondre : pour moi la ville ou la région importait peu, c’est plutôt l’intitulé et les grandes lignes du Master Métiers de l’Accompagnement Politique qui m’ont conduite à L’Université d’Orléans. « Agréable » est le qualificatif que je pourrais attribuer à cette première année de master. Eh oui ! Je ne me suis pas laissée abattre par le climat ! Un climat aussi froid ou encore le fait que j’avais manqué les deux premières semaines de cours (ce qui a été indépendant de ma volonté)…

Mes plus bons souvenirs restent mes séances de travaux en groupe, entremêlées de blagues et d’éclats de rire avec mes camarades qui sont pour certains devenus des amis, mes appels Whatsapp avec ma famille, mes amis, mon amour et d’autres personnes qui me sont chères en Haïti, ou encore mes rencontres avec des amis haïtiens étudiant dans d’autres villes et enfin mes journées enfermée dans ma chambre à réviser pour les examens (eh oui…) J’ai aimé cette expérience qui m’a poussée à sortir de ma zone de confort, m’a aidée à mûrir encore plus, à approfondir mes connaissances et surtout m’a permis de me rendre compte à quel point je suis attachée à ma terre natale, Haïti ! »

Charly Pirot, France — Master 2, MAP ; Métiers de l’Accompagnement Politique

« J’ai toujours été fier d’être français, notamment par l’histoire de ce pays et le paradis que celui-ci peut représenter pour les personnes n’y habitant pas. Cependant, ma relation avec la France n’est pas que blanche mais grise. Certains points viennent ternir l’image que j’ai de l’hexagone et surtout des français. Lors de mes différents voyages, notamment en Angleterre, j’ai pu constater parfois un manque d’ouverture aux autres des français mais également l’incivisme et l’égoïsme dont nous pouvons faire preuve.

Etant toujours été passionné par la politique et ayant participé dans la campagne de Gil Avérous, l’actuel maire de Châteauroux, cette expérience fut une révélation, dans le sens qu’elle m’a permis de voir ce que je voulais vraiment faire plus tard. Intégrer le Master MAP à l’Université d’Orléans fut une évidence, la continuité d’un rêve, la poursuite d’un objectif.

La diversité à Orléans pourrait se comparer à la diversité française, finalement. Comme j’ai pu l’évoquer précédemment, cette diversité est sans doute une aubaine pour notre pays et l’université. Malgré cela, cette richesse est selon moi peu ou pas exploitée, sans doute par peur d’ouverture à l’autre et un manque de curiosité. Nous sommes certainement le pays ayant la plus grande diversité d’origines et même de personnes venant faire leurs études ou travailler en France mais cela pose également le problème de la bonne utilisation de cette diversité.

Mon avenir, je le vois très proche de la politique. Il est pour moi évident que ma vie sera rythmée par les mandats, que ce soit en tête de liste ou en soutien. J’aimerais dans un avenir proche devenir assistant parlementaire ou directeur de cabinet pour un maire, afin de faire mes armes en politique et dans l’élaboration de projets territoriaux.

De cette année, je retiens plusieurs grandes leçons. Qu’il faut travailler très dur pour atteindre ses objectifs, l’effort est toujours payant. Des moments difficiles, oui j’en ai connus, l’éloignement de ma famille et la solitude ont été les plus difficiles, mais surmontables. »

Hamza Boutssaroute, Maroc — Master MIAGE, Méthodes Informatiques Appliquées à la Gestion d’Entreprise

« Le Maroc est mon pays natal, un pays avec lequel j’ai des liens très forts. Je reconnais qu’il a ses bons et ses mauvais côtés, des choses qui mériteraient de changer, une image à améliorer. Arrivé en France, j’ai découvert une image pas très flatteuse de mon pays. De ce qu’on raconte, certaines choses sont vraies, d’autres ne le sont pas. C’est un point sur lequel les gouvernements doivent travailler. Parmi les choses dont je suis fier, il y a le niveau de l’éducation qui est assez élevé par rapport à la France. Je suis fier du Maroc parce que c’est un pays accueillant, avec des gens qui débordent de chaleur humaine. On peut facilement s’y intégrer.

Je suis rentré en France pour poursuivre mes études en informatique. L’adaptation ne s’est pas fait automatiquement. Je n’avais pas d’amis à mon arrivée, j’ai donc passé plusieurs mois tout seul. Une autre difficulté rencontrée était de trouver un logement. Trouver un logement quand on n’a pas de garant est assez difficile. Ça s’est amélioré un peu par la suite, je me suis fait de nouveaux amis et je me suis senti moins seul.

Il y a une grande diversité culturelle à l’Université d’Orléans. Des jeunes issus des pays des quatre coins du globe qui arrivent avec leur bagage culturel, leur histoire, et qui surtout doivent le temps de leurs études travailler ensemble sur de nombreux projets. Il faut aller au-delà des barrières culturelles et apprendre à connaitre l’autre. »

Soumana Samaké, Mali — Master recherche Lettres

« Je viens du Mali. C’est le pays qui m’a vu naitre, qui m’a vu grandir, envers lequel je témoigne un réel amour, une immense joie d’appartenance. J’y ai fait tout mon cursus scolaire et universitaire jusqu’à l’obtention de ma Maîtrise en lettres modernes. Il (le Mali) m’a éduqué et inoculé certaines valeurs morales qui sont la cime de l’Afrique que je me propose de partager avec « l’étranger » qui jouxte mon chemin dont l’ouverture et l’assistance sont les maîtres mots.

Après la validation de mon diplôme de Maîtrise précédemment mentionné, le besoin m’a saisi d’explorer d’autres horizons, de partir à la quête du savoir. C’est ainsi qu’une nuit de septembre 2017, les événements disposèrent de moi pour un voyage vers le soleil levant. Au bout de cet audacieux trajet, la terre promise s’appelait la France.

Mes premiers mois ne furent pas de tout repos. D’amples situations incongrues émaillèrent mon immersion dans cette société autre, dans ce paysage autre, ce climat autre, cette vie autre. L’indifférence et la solitude furent des voisines familières. Le coût de la vie, le programme universitaire assez chargé et le regard de l’inconnu formaient un chevron d’iceberg sur mes épaules. Mais puisqu’il fallait tenir, j’ai essayé d’y faire face au mieux.

Pour conclure, je me félicite d’avoir validé mon année qui vient récompenser les efforts d’avant. Je nourris l’espoir de terminer ce Master et envisager plus tard, si l’opportunité m’était offerte, une thèse en littérature française qui sèmera à foison les questions relatives à la société, à l’égalité, à la justice et aux droits de l’homme ».

Après avoir recueilli ces témoignages, je me suis dit que j’allais faire une synthèse de chaque entretien pour vous en présenter l’essence. Après avoir lu chaque émail, écouté chaque entretien, c’était une évidence, je n’avais pas le droit d’enlever ne serait-ce qu’une pincée de leurs histoires. J’ai retranscrit tels que reçus mails et entretiens. L’idée était de naviguer entre les parcours de chacun de ces étudiants, d’origines diverses, pour trouver ce fil rouge, ce point commun. Voir en quoi et comment cette mixité représente une richesse. Et que derrière chacun de ces visages, malgré les difficultés au quotidien, malgré un climat qui n’invite pas tous les jours au sourire, se cache un être humain avant tout.

Merci d’avoir lu.

À bientôt

Article publié initialement sur mon blog Mondoblog « Quête de liberté ».