{"id":109,"date":"2026-07-19T20:18:52","date_gmt":"2026-07-19T20:18:52","guid":{"rendered":"https:\/\/soucaneau-gabriel.fr\/?page_id=109"},"modified":"2026-07-19T20:18:52","modified_gmt":"2026-07-19T20:18:52","slug":"haiti-suis-je-le-dernier-survivant-du-12-janvier-2010","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/soucaneau-gabriel.fr\/?page_id=109","title":{"rendered":"Ha\u00efti : suis-je le dernier survivant du 12 janvier 2010 ?"},"content":{"rendered":"<div class=\"sg-site\">\n<header class=\"site-header\">\n<div class=\"container nav\">\n    <a href=\"https:\/\/soucaneau-gabriel.fr\/\" class=\"logo\">Soucaneau <span>Gabriel<\/span><\/a><\/p>\n<ul class=\"nav-links\">\n<li><a href=\"https:\/\/soucaneau-gabriel.fr\/\">Accueil<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/soucaneau-gabriel.fr\/?page_id=72\">\u00c0 propos<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/soucaneau-gabriel.fr\/?page_id=19\">Livres<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/soucaneau-gabriel.fr\/?page_id=17\" class=\"active\">Articles<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/soucaneau-gabriel.fr\/?page_id=73\">Contact<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p>    <a href=\"https:\/\/soucaneau-gabriel.fr\/?page_id=73\" class=\"nav-cta\">Me contacter<\/a>\n  <\/div>\n<\/header>\n<section class=\"article-page-hero\">\n<div class=\"container\" style=\"max-width:70ch; margin:0 auto;\">\n    <a href=\"https:\/\/soucaneau-gabriel.fr\/?page_id=17\" class=\"btn-ghost\" style=\"margin-bottom:24px; display:inline-block;\">\u2190 Retour aux articles<\/a><br \/>\n    <span class=\"article-cat\">R\u00e9cit personnel<\/span><\/p>\n<h1>Ha\u00efti : suis-je le dernier survivant du 12 janvier 2010 ?<\/h1>\n<div class=\"article-page-meta\">\n      <span>Date de premi\u00e8re publication non retrouv\u00e9e<\/span>\n    <\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/section>\n<article class=\"container\">\n<div class=\"article-body-content\">\n<p>Il y a des moments de notre court passage sur terre qui ne peuvent pas \u00eatre ravis par l&rsquo;oubli. Ils sont incandescents dans nos m\u00e9moires. Des souvenirs qui vont et qui viennent \u00e0 leur gr\u00e9, nous attrapant \u00e0 la gorge quand \u00e7a leur chante.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait une journ\u00e9e comme les autres, avec un soleil si chaud qu&rsquo;il nous br\u00fblait les entrailles. Ici, sur l&rsquo;\u00eele, nous avons une relation particuli\u00e8re avec le soleil. De sa position dans le ciel, nous pouvons deviner l&rsquo;heure. Les planteurs peuvent pr\u00e9dire si les r\u00e9coltes vont \u00eatre bonnes. Au-del\u00e0 de sa mission de nous \u00e9clairer, il fait partie de nous. Je me rappelle qu&rsquo;enfant j&rsquo;aimais le regarder fuir lentement derri\u00e8re l&rsquo;horizon. Ses lueurs jaun\u00e2tres caressant la ville, les cimes des montagnes, avant de dispara\u00eetre totalement. L&rsquo;horizon, ce lieu lointain fait de l\u00e9gendes, peupl\u00e9 de ces histoires fantasques et rocambolesques que me racontait ma grand-m\u00e8re, o\u00f9 le soleil \u00e9tait un Dieu et avait une femme tr\u00e8s belle \u00e0 la chevelure dor\u00e9e. J&rsquo;ai bien grandi depuis, mais je n&rsquo;ai pas oubli\u00e9 ces histoires qui ont berc\u00e9 mon enfance et surtout le visage de ma grand-m\u00e8re, la bouche \u00e9dent\u00e9e, toujours accompagn\u00e9e d&rsquo;un sourire.<\/p>\n<p>La journ\u00e9e battait son plein au centre-ville de Port-au-Prince, ville de milliers d&rsquo;\u00e2mes qui se cherchent et se perdent au m\u00eame moment. Une ville surpeupl\u00e9e o\u00f9 les gens marchent les uns sur les autres, une ville-cercueil. Une ville-tombe. \u00c0 cette heure de la journ\u00e9e, les \u00e9coles \u00e9taient remplies de cris joyeux des \u00e9l\u00e8ves. Les h\u00f4pitaux, comme d&rsquo;habitude, \u00e9taient remplis de malades qui attendaient de voir un m\u00e9decin, remplis de mourants qui attendaient un miracle et de corps sans vie qui attendaient un propri\u00e9taire. Dans la rue, les marchands ambulants offraient tout et n&rsquo;importe quoi aux passants, les camionnettes et les taxis klaxonnaient sans s&rsquo;arr\u00eater, les pickpockets s&rsquo;offraient les bourses des passants. Une journ\u00e9e type, sans grandes surprises. Un tableau auquel j&rsquo;\u00e9tais habitu\u00e9 et duquel je me nourrissais tous les jours.<\/p>\n<p>Les activit\u00e9s sur le wharf se d\u00e9roulaient tranquillement. Les bateaux accost\u00e9s tanguaient au rythme des vagues. De gros gaillards avec de grosses machines d\u00e9chargeaient les containers des bateaux, les rangeaient les uns sur les autres pour ensuite les exp\u00e9dier \u00e0 leur propri\u00e9taire. Un grand march\u00e9 \u00e9tait accost\u00e9 au wharf, o\u00f9 on vendait des produits venant des quatre coins du monde. C&rsquo;est l\u00e0 que se d\u00e9roulait mon quotidien depuis plusieurs mois, g\u00e9rant d&rsquo;un d\u00e9p\u00f4t au sous-sol d&rsquo;un immeuble de trois \u00e9tages.<\/p>\n<p>\u00c0 travers le bruit sourd des milliers de voix des marchands et des acheteurs, on pouvait entendre l&rsquo;\u00e9cho des vagues de la mer au loin. La journ\u00e9e avan\u00e7ait, le march\u00e9 ne d\u00e9semplissait pas. Les marchandes de nourriture continuaient \u00e0 offrir des plats chauds aux passants. Un grand hall s\u00e9parait le march\u00e9 en deux, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 les d\u00e9p\u00f4ts o\u00f9 on vendait les produits qu&rsquo;on d\u00e9chargeait des bateaux et de l&rsquo;autre, un tout autre monde : des restaurants de fortune s&rsquo;\u00e9talaient avec chacun un menu singulier, des couturi\u00e8res proposaient leur service de rapi\u00e9\u00e7age, des coiffeurs proposaient les derni\u00e8res coiffures \u00e0 la mode\u2026 une montagne de vielles chaussures se tenait au pied du cordonnier, qui les rafistolait l&rsquo;une apr\u00e8s l&rsquo;autre, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, un cireur offrait ses services.<\/p>\n<p>Tous les jours, je regardais ce monde-l\u00e0 se construire et se d\u00e9construire \u00e0 son rythme. J&#8217;emmagasinais les visages, les sourires, regardais les disputes avec curiosit\u00e9. Entre les murs de ce march\u00e9, on radotait autant qu&rsquo;on parlait politique. Les ragots circulaient rapidement. Personne n&rsquo;y \u00e9chappait.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions en janvier, saison de f\u00eate, grosse saison comme on dit dans le jargon d&rsquo;ici. Le march\u00e9 \u00e9tait encore plus peupl\u00e9 que d&rsquo;habitude. Le wharf \u00e9tait en \u00e9bullition et recevait plusieurs dizaines de containers de marchandises par jour. \u00c0 trois heures, un agent est venu nous annoncer que notre container de marchandises \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 \u00eatre livr\u00e9.<\/p>\n<p>Une quinzaine de gaillards d\u00e9chargeaient les bo\u00eetes du container et les rangeaient par ordre dans la plus grande pi\u00e8ce du d\u00e9p\u00f4t. Ils chantaient, couraient, blaguaient entre eux, se gavaient de gorg\u00e9es de clairin pour att\u00e9nuer la lourdeur des bo\u00eetes qu&rsquo;ils transportaient. Tout le monde vaquait \u00e0 ses activit\u00e9s quand, soudain, un violent craquement. Et la terre se d\u00e9roba sous nos pieds.<\/p>\n<h3>12 janvier 2010 ; 16 heures, 53 minutes et 10 secondes<\/h3>\n<p>Personne ne savait ce qui \u00e9tait en train de nous arriver. La terre s&rsquo;est mise \u00e0 secouer violemment, comme si elle changeait de peau. Elle s&rsquo;arr\u00eata un instant, puis elle s&rsquo;est encore remise \u00e0 danser. Une danse endiabl\u00e9e, d&rsquo;une violence sans nom. La terre, semble-t-il, avait soif. Soif de violence, de vengeance, de sang. Mais \u00e7a, on ne le savait pas. Personne ne nous avait pr\u00e9venus qu&rsquo;\u00e0 un moment donn\u00e9, la terre se retournerait, changerait de peau et engloutirait tout sur son passage.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur du march\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;affolement. Chacun courait dans des directions oppos\u00e9es pour se mettre \u00e0 l&rsquo;abri. Mais personne ne savait \u00e0 l&rsquo;abri de quoi. Courir pour aller o\u00f9 ? Est-ce que quelque chose allait sortir de l&rsquo;antre de la terre ? Avant m\u00eame que j&rsquo;ai pu comprendre ce qui se passait, l&rsquo;immeuble de trois \u00e9tages dans lequel j&rsquo;\u00e9tais s&rsquo;affaissa sur moi. Noir total.<\/p>\n<h3>18 heures<\/h3>\n<p>\u00ab Suis-je mort ? O\u00f9 suis-je ? Pourquoi je n&rsquo;arrive plus \u00e0 bouger ? \u00bb Je ne ressentais plus mes membres, coffr\u00e9 sous une pile de bo\u00eete et de morceaux de b\u00e9ton. J&rsquo;entendais des voix qui appelaient \u00e0 l&rsquo;aide, des plaintes, des gens qui souffraient, pleuraient, des cris de d\u00e9tresse. \u00ab \u00c7a y est, je suis en enfer \u00bb, pensais-je. C&rsquo;est cette image qu&rsquo;on n&rsquo;avait pas cess\u00e9 de nous vendre de ce haut lieu de tourmente cr\u00e9\u00e9 par Dieu. Un \u00e9tang de feu, de larmes et de pleurs. Des gens qui br\u00fblaient \u00e0 n&rsquo;en plus finir. Quelques souvenirs commen\u00e7aient \u00e0 remonter \u00e0 la surface. \u00ab Qu&rsquo;est-il arriv\u00e9 aux hommes qui transportaient les marchandises du container ? Qu&rsquo;est-ce qui est arriv\u00e9 au monde bruyant du march\u00e9 ? \u00bb Les plaintes continuaient, les voix continuaient \u00e0 appeler \u00e0 l&rsquo;aide. Une voix de femme disait qu&rsquo;elle \u00e9tait enceinte et qu&rsquo;elle ne sentait plus le b\u00e9b\u00e9 dans son ventre. La terre trembla doucement, les dalles de b\u00e9tons se serr\u00e8rent un peu plus. Le noir m&rsquo;engloutit encore une fois et l&rsquo;instant d&rsquo;une seconde, je sentis que cette nuit pourrait \u00eatre ma derni\u00e8re sur terre.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, Port-au-Prince s&rsquo;\u00e9tait embras\u00e9 de tous ses feux. Un chaos sans nom s&rsquo;\u00e9tait propag\u00e9 dans les corridors les plus sombres. Les maisons s&rsquo;\u00e9taient affaiss\u00e9es comme des ch\u00e2teaux de cartes avec leurs occupants. Les universit\u00e9s avec leurs \u00e9tudiants. Les immeubles avec les gens qui y travaillaient. Les h\u00f4tels avec ceux qui y s\u00e9journaient. Une poussi\u00e8re \u00e9paisse recouvrait la ville comme un voile dor\u00e9e descendue du ciel. Des corps ensanglant\u00e9s et d\u00e9chiquet\u00e9s jonchaient les rues. Un morceau de bras par ci, un bout de jambe par l\u00e0. On pouvait sentir l&rsquo;odeur \u00e2cre du sang qui abreuvait les entrailles de la terre. Les cris de d\u00e9sespoir, formant un halo, montaient au ciel comme une offrande empoisonn\u00e9e. Ceux qui ont surv\u00e9cu avaient pris l&rsquo;autoroute, laissant le centre-ville, prenant la direction des montagnes, loin de la mer.<\/p>\n<p>Une pluie comme on n&rsquo;en a jamais vue s&rsquo;abattait sur la ville comme pour s\u00e9cher les larmes de ses survivants. Une eau rouge\u00e2tre descendait le long des caniveaux pour aller se jeter dans la mer. Le soleil n&rsquo;avait pas su les pr\u00e9venir, ce jour-l\u00e0, que la terre avait soif. Une soif de chair et de sang.<\/p>\n<h3>22 heures<\/h3>\n<p>Une forte douleur au niveau de mes jambes et de l&rsquo;eau qui mouillait mon visage m&rsquo;avait r\u00e9veill\u00e9. J&rsquo;\u00e9tais incapable de faire le moindre mouvement. Incapable de voir l&rsquo;\u00e9tat de mes jambes, si elles \u00e9taient enti\u00e8res ou \u00e9crabouill\u00e9es sous la dalle de b\u00e9ton. Il r\u00e9gnait un calme d&rsquo;outre-tombe sous les d\u00e9combres. Aucun bruit ne me parvenait, la dame enceinte avait cess\u00e9 de pleurer. Parvenait-elle \u00e0 dormir ? \u00c9tait-elle morte ? Je n&rsquo;en savais rien. De temps en temps, la terre vibrait sous le poids d&rsquo;une voiture qui passait ou d&rsquo;une petite secousse. De l&rsquo;eau ruisselait de partout. Il pleuvait peut-\u00eatre \u00e0 la surface, pensais-je.<\/p>\n<p>Des milliers d&rsquo;\u00e2mes ne verront pas le lever du soleil du lendemain. Des milliers d&rsquo;\u00e2mes sont parties dans une souffrance qu&rsquo;elles n&rsquo;avaient jamais imagin\u00e9, \u00e0 laquelle elles n&rsquo;avaient pas pu \u00e9chapper. Cette nuit fut plus longue qu&rsquo;une vie enti\u00e8re. Des milliers d&rsquo;\u00e2mes ont travers\u00e9 de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la rive, ensanglant\u00e9es, le corps poussi\u00e9reux. Arrach\u00e9es \u00e0 la vie, \u00e0 leur quotidien, sans pr\u00e9venir. Sans qu&rsquo;ils aient pu dire au revoir ou laisser une note.<\/p>\n<h3>Plusieurs jours plus tard\u2026<\/h3>\n<p>En otage sous les d\u00e9combres, je n&rsquo;avais aucune notion du temps et comment la vie reprenait \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Une odeur de corps en d\u00e9composition flottait sous les d\u00e9combres. J&rsquo;\u00e9tais arriv\u00e9 \u00e0 un moment o\u00f9 je ne pouvais plus tenir. Je cherchais dans mes souvenirs une raison pour laquelle je tiendrais le fil de l&rsquo;existence. Je n&rsquo;avais pas de femme, pas d&rsquo;enfant, pas de famille. Je ne poss\u00e8dais pas d&rsquo;animal domestique, pas d&rsquo;argent en banque, pas d&rsquo;objets de valeur. J&rsquo;\u00e9tais une carcasse vide. Un homme seul et solitaire, prenant le quotidien comme il venait, avec ses surprises et ses m\u00e9saventures, trimbalant des r\u00eaves pour lesquels j&rsquo;avais cess\u00e9 de me battre depuis longtemps.<\/p>\n<p>\u00c0 plusieurs reprises, j&rsquo;ai pens\u00e9 que c&rsquo;en \u00e9tait termin\u00e9. La mort me jouait des tours. Tant\u00f4t elle m&rsquo;enla\u00e7ait, l&rsquo;instant d&rsquo;apr\u00e8s elle me rel\u00e2chait de son \u00e9treinte et j&rsquo;ouvrais les yeux. Je sentais que c&rsquo;\u00e9tait le jour, je n&rsquo;avais plus d&rsquo;\u00e9nergie pour tenir. Je fermais les yeux, et lentement la vie s&rsquo;enfuyait. C&rsquo;\u00e9tait un sentiment si doux, si l\u00e9ger. Pourquoi les gens refusaient de mourir, si l&rsquo;exp\u00e9rience \u00e9tait aussi agr\u00e9able. Lentement, l&rsquo;obscurit\u00e9 faisait place \u00e0 de la lumi\u00e8re. Je sentis la terre qui se mettait encore \u00e0 trembler, des voix me parvenaient sans que j&rsquo;arrive \u00e0 en saisir le sens. Puis soudain, une grande lumi\u00e8re blanche m&rsquo;aveugla, un homme blanc m&rsquo;apparut. Cette fois-ci, c&rsquo;est le bon, je suis mort. \u2026<\/p>\n<p>Je me retrouvai sur un lit, v\u00eatu d&rsquo;une blouse bleue, avec une dizaine de fils attach\u00e9s aux bras, reli\u00e9s \u00e0 des machines et des \u00e9crans. \u00ab O\u00f9 suis-je ? Au paradis ? En enfer ? \u00bb Je ne savais plus auquel des deux mon \u00e2me appartenait. La porte de la chambre s&rsquo;ouvrit et une femme me sourit, elle ouvrit la porte derri\u00e8re elle et alerta d&rsquo;autres personnes. Ils \u00e9taient tous l\u00e0 \u00e0 me regarder, \u00e0 sourire, \u00e0 pleurer. Mais finalement es-ce que quelqu&rsquo;un allait me dire ce qui se passe et dans quel univers je me trouvais ? Les mots n&rsquo;arrivaient pas \u00e0 franchir mes l\u00e8vres. Je me contentais de les regarder aussi. Une autre femme avec une blouse blanche tira le rideau. Le soleil brillait de tous ses feux \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur, vous \u00eates le dernier survivant du tremblement de terre du 12 janvier. Nous sommes en mars, vous sortez d&rsquo;un coma de 3 mois \u00bb, me dit la femme qui a ouvert le rideau. Je la d\u00e9visageais sans vraiment saisir le sens de ses paroles. D&rsquo;autres personnes arriv\u00e8rent dans la chambre pour voir le dernier survivant, le rescap\u00e9, celui qui avait \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la mort. Apr\u00e8s leur d\u00e9part, je regardais longuement le soleil et ses rayons jaunes. Je me rappelais des histoires de ma grand-m\u00e8re, son sourire, sa bouche \u00e9dent\u00e9e. Je me rappelais du wharf, du container de marchandises. De l&rsquo;immeuble qui s&rsquo;est affaiss\u00e9 sur moi, de la femme enceinte qui pleurait sous les d\u00e9combres. Je sentis des larmes chaudes couler de mes yeux et mon c\u0153ur s&rsquo;arr\u00eata de battre.<\/p>\n<p><em>Clairin : eau de vie produite en Ha\u00efti de fa\u00e7on artisanale \u00e0 partir de la canne \u00e0 sucre.<\/em><\/p>\n<p class=\"article-source-note\">Article publi\u00e9 initialement sur mon blog Mondoblog \u00ab Qu\u00eate de libert\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/article>\n<footer class=\"site-footer\">\n<div class=\"container\">\n<div class=\"footer-grid\">\n<div>\n<div class=\"footer-logo\">Soucaneau Gabriel<\/div>\n<p style=\"font-size:0.88rem; max-width:32ch;\">Po\u00e8te, nouvelliste, journaliste et chroniqueur culturel n\u00e9 \u00e0 B\u00e9llad\u00e8re, Ha\u00efti.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<h4>Navigation<\/h4>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/soucaneau-gabriel.fr\/\">Accueil<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/soucaneau-gabriel.fr\/?page_id=72\">\u00c0 propos<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/soucaneau-gabriel.fr\/?page_id=19\">Livres<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/soucaneau-gabriel.fr\/?page_id=17\">Articles<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/soucaneau-gabriel.fr\/?page_id=73\">Contact<\/a><\/li>\n<\/ul><\/div>\n<div>\n<h4>Ailleurs<\/h4>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/ayibopost.com\/\">Ayibopost<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/mondoblog.org\/\">Mondoblog RFI<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.haitiinter.com\/\">Ha\u00efti Inter<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/legsedition.net\/public\/soucaneau-gabriel\/\">Legs \u00c9dition<\/a><\/li>\n<\/ul><\/div>\n<div>\n<h4>Suivez-moi<\/h4>\n<div class=\"social-row\">\n          <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/soucaneau.gabriel\/?locale=fr_FR\" aria-label=\"Facebook\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">f<\/a><br \/>\n          <a href=\"https:\/\/www.instagram.com\/soucaneau.g\/\" aria-label=\"Instagram\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">in<\/a><br \/>\n          <a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/in\/soucaneau-gabriel\/\" aria-label=\"LinkedIn\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Li<\/a>\n        <\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<div class=\"footer-bottom\">\n      <span>\u00a9 2026 Soucaneau Gabriel. 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